De MARLBOROUGH au contrebandier « PAPILLON »

On a fréquemment pris des risques insensés sur les terres paisible:

de Sars-la-Bruyère

Entre le pays de « Bosquètia », dont elle fait aujourd'hui partie, et la frontière, il est une terre tranquille, où l'herbe pousse plus drue, où l'arbre est plus sauvage, le ruisseau plus talentueux: Sars-la-Bruyère. Pays certes paisible, mais, dont la situation même fait qu'on eut tendance, parfois, à y vivre un rien en marge. Là, en 1709, déborda la bataille de Malplaquet, que gagnèrent le prince Eugène de Savoie et le duc de Marlborough sur les maréchaux Villars et Boufflers.

Combat épique, dont le sort resta longtemps incertain, et qui coûta bien cher aux deux camps. C'est là, sans doute, à moins que ce ne soit à Blaregnies, que les soldats français vaincus et épuisés, se refirent un moral à la nouvelle, qui était fausse, de la mort du grand chef de guerre anglais. Ainsi, remonta les rangs qui se reformaient, la chansonnée, de l'événement et qui a depuis, fait grand chemin dans les jeux enfantins.

« Malbrouck sen va en guerre ... ne sait quand reviendra.. Monsieur Malbrouck est mort, est mort et enterré ... j'l'ai vu porter en terre ... »

C'est là aussi, bien plus près de nous, que mille et un contrebandiers firent la nique, fraudant le tabac, dans un sens, l'alcool dans l'autre, aux gabelous et aux pandores, Fraudeurs? Tous les Sarrois l'étaient un peu. Ne le sont-ils pas encore? 

L'ami Jean Desorbay Se contente d’un sourire évasif quand on lui pose la question. Puis, il raconte l'histoire du plus célèbre des fraudeurs, Léonard Monier, dit « Papillon », qui avait poussé l'audace jusqu'à faire inscrire la profession de contrebandier sur sa carte d'identité:

« Papillon », personnage de légende, vivait dans les années qui précédèrent immédiatement et qui suivirent la guerre 1940-45, dans le no man's land, entre deux frontières du côté de la « Noire Bouteille ». Condamné souvent par défaut, il ne fut jamais emprisonné, car avec ses chiens passeurs de tabac, il connaissait comme sa poche les champs et les bois et n’avait pas son pareil pour dresser la Justice et l’endroit où il se trouvait, suivant que sa dernière condamnation  avait été prononcée en Belgique ou en France.

Ainsi, il réussit à passer au travers les mailles des plus fins filets, le bougre avait certes des complices. Un jour, on entendit plus parlé de lui : malade et se cachant condamné, cet homme qui avait vécu en-dehors des lois n'accepta pas celle que lui imposait la maladie.

« Je sais ce que j'ai à faire », avait confié Papillon à ceux qui l'approchaient ...

 

 PEU D'EMPRESSEMENT POUR L'ECLAIRAGE ...

Quoi qu'il en fût de « Papillon» et de ses amis, il y avait, dans chaque Sarrois un fraudeur et un braconnier qui sommeillaient à peine:

 « En 1947, quand j'entrai pour la première fois au Conseil communal, rapporte Jean Desorbay, j'ai d'abord pensé à faire installer l'éclairage public, mais quand j’ai fait la proposition je n'ai obtenu la majorité que extrême justesse. Même dans mon groupe on rechignait, et un referendum montra une hostilité marquée d'une partie de la population, surtout du côté des «Cmagnes», les «communs», terres données jadis par Gérard de Harchies aux manants sarrois, afin qu'ils y fissent paître leur bétail». La raison du refus était toujours la même: -« Si on a l'éclairâche, on sait pu daller quée s'bouteille al’ poutte, é on vira quand on va à l’braconne».

Jean Desorbay finit par faire prévaloir son idée, et l'éclairage fut installé dans le village réfractaire, mais certains coins étaient tellement retirés qu'il eût été trop onéreux de tirer des lignes. C'est ainsi que le hameau du « Coucou » et la « Noire Bouteille » sont alimentés par la France:

 

 UN PEU D'HISTOIRE

Ce matin-là, quand je me rendis en l'ancienne Maison communale de Sars, je tombai sur Jean Desorbay, le dernier «mayeur», présentement conseiller communal sur la liste "socialiste", à Frameries, François Castiau, ancien de la C.A.P. et toujours en fonction au Centre public d'Aide sociale, et Jules Roegiers, ancien conseiller communal, à Sars, et conseiller suppléant, à Frameries. A la section locale du Parti socialiste, Jean Desorbay est président d'honneur, François Castiau, président, Jules Roegiers, trésorier. Le secrétaire est Michel Urbain.

Et pas de danger que la caisse du Parti soit vide: Jules Roegiers est ... un prestidigitateur de première valeur! Mais trêve de plaisanteries, pour entrer, avec Jean Desorbay, maître en la matière, dans l'histoire du village frontalier:

- « Le donjon, qui doit dater du 12" siècle, a perdu un étage dans la bataille de Malplaquet. L'église elle-même a été partiellement détruite; elle fut restaurée en 1713, et l'on distingue sans peine la' partie qui fut refaite après les combats.

Après l'Indépendance de la Belgique, et jusqu'à peu avant la guerre 1914-1918, l'ancien château-fort fut aménagé en brasserie, la « Brasserie de Sars qui faisait une « Saison » et de la bière de table, et que géra d'abord la famille Delcourte, à laquelle succéda la famille Dufrasne-Dincq. Le château-fort fut alors racheté par le chanoine Puissant, archéologue réputé, qui s’y installa et desservit la paroisse de Sars pendant toute la guerre, car le curé titulaire s'était réfugié en France. Le chanoine Puissant, aidé par le peintre montois Anto-Carte, porta la poterie sur les fonts baptismaux. Rachetée par la famille Tytgat, la poterie du Donjon est justement réputée par sa production artistique. Elle est, avec une scierie, la seule petite industrie d'un village essentiellement agricole, qui compte quelque 650 habitants sur 837 hectares. Sars-la-Bruyère a déjà été plus peuplé, mais le charmant village fut, pour beaucoup, un lieu de seconde résidence.

A présent, l'exode des Sarrois est interrompu, et des constructions, sociales ou dues à l'initiative privée, permettent même d'enregistrer une petite tendance à la hausse.

 

 UNE VIE ASSEZ INTENSE

Malgré la fermeture du café « L'Union fraternelle », qui fut ravagé par un incendie, voici quelques années, nos amis sarrois peuvent se réjouir de la vitalité de leur village. La section du Parti est assez dynamique. Parmi ses activités, citons le colis distribué à tous les habitants du Troisième Age en période de Noël. Avant l'incendie de l'Union fraternelle, tous les pensionnés étaient invités à un souper, mais il a bien fallu changer son fusil d'épaule.

François Castiau et ses amis ne désespèrent cependant pas d'en revenir aux belles réunions du passé. Par ailleurs, l'ancienne Maison communale sert, pour l'heure, de local, au Ciné-club animé par Philippe Adam, sous l'égide de la Mutualité des Jeunes Travailleurs, et au Cercle horticole « Les Bruyères », qui fait preuve d'une belle activité sous la présidence de notre ami, Jules Roegiers. Et le village fera peau neuve, sous peu, grâce à la rénovation de ses pierres les plus vénérables, l'église Saint Jean-Baptiste et le donjon. Un budget de 9 millions est d'ailleurs inscrit, à cet effet, au budget de 1981.

On vit donc, et on vit bien, au pays de Léonard Monier. Même avec, et malgré, la fusion des communes:

- « Nous demeurons, explique Jean Desorbay, des relais privilégiés entre la population du village et les gestionnaires framerisois. D'autre part, tous les échevins de l'entité tiennent des Permanences régulières ici. »

 

Nous en fûmes les témoins durant notre conversation à bâtons rompus, nous avons eu le plaisir de voir arriver l’échevin des travaux, Gérard Lyon dont c'était le tour de permanence. Puis, Jean, Victor et Jules ont voulu me montrer la Noire Bouteille et notamment cette maison à cheval sur la frontière, dont l’arrière et une chambre se trouvent en Belgique, la salle à manger, la cuisine et le garage en France.

On devine le parti que les sarrois et leurs voisins français, émule de  Papillon  firent de cette maison ou l’on servit à boire avant d’y tenir commerce d’épicerie. A présent la maison est privée, et il a fallu que nous voyagions beaucoup de part et d’autre de la frontière, pour boire le verre de l’amitié. Car l’amitié on vous le jure, elle existe encore à Sars-la-Bruyère. Suivez donc Jean Desorbay dans tous les cafés du coin : il vous en administrera autant de preuves que….vous serez incapable de les compter !

Gil Duterme

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