Le Chanoine Puissant Edmond

Le Chanoine E. Puissant L'Attacat.

Puissant Edmond : ( 23/10/1860 -7/5/1934 )

Fils de Félix Puissant, pharmacien, et de Désirée Bruneel, il vint au monde au hameau de La Bruyère, le 23 octobre 1860 chez sa grand-mère maternelle, dans une maison basse qu'il évoqua avec amour dans une fraîche peinture. Son père mort quelques mois après, l'enfant fut élevé par sa grand-mère. Il passa de l'école des Frères, au collège Saint-Antoine de Padoue à Renaix, puis au collège St-Augustin à Enghien, fit sa philosophie à Bonne Espérance et fut ordonné prêtre à Tournai le 17 août 1884.


Pendant les six ans qu'il séjourna auprès de l'évêque, il travailla comme rédacteur et correcteur à l'imprimerie St-Jean l'Evangéliste et, dans ce milieu savant, dans les bibliothèques et les archives de la cité épiscopale, il remua le fonds des manuscrits qui nous viennent de nos abbayes et acquit une science réelle de l'histoire du Hainaut, de ses lettres, de ses arts. De ceux-ci, il respirait les fleurs dans la guirlande d'églises romanes ou gothiques qui se sont épanouies dans la ville royale.

 

Un éducateur enchanteur

Nommé en 1890, vicaire à Ste-Elisabeth, à Mons, il met en pratique les instructions de Léon XIII dans Rerum novarum (1891) et se dépense dans les œuvres sociales, prolongement de son ministère. En même temps, il initie les ouvriers, qui l'aiment comme un frère, aux beautés de l'art et crée avec eux et pour eux le Jeu de la Passion.
L'évêché utilisa les talents d'apôtre et de professeur de ce précurseur fervent. En 1896, il le désigne comme maître de religion à l'Athénée Royal de Mons, anciennement collège de Houdain, pépinière d'hommes illustres.
Charmé par ses manières affables, sa parole claire, imagée, douce et persuasive, sa science aimable et variée, son talent de narrateur, ses élèves lui vouèrent une très grande affection. Aux uns, il inspirait le goût des sciences naturelles ou de la philosophie en discutant par exemple, les théories darwiniennes ; aux autres, il insufflait l'amour de l'archéologie ou des recherches bibliographiques.
Cette œuvre d'éducateur et d'éveilleur de vocations, il la poursuivait au Cercle archéologique, à côté d'Emile Hublard et de houzeau de Lehaie mais il avait une façon personnelle de gagner tous les cœurs à la cause de l'art ancien, au culte des restes de notre antique civilisation défigurée par le temps et les hommes.
Il employait ses loisirs de professeur à approfondir ses connaissances historiques, à entreprendre des fouilles, à battre les campagnes, à visiter les antiquaires. Il revenait de ces expéditions les mains pleines de reliques poussiéreuses du passé, estampes roussies, statues vermoulues, tableaux patinés, voiles de calices et ornements sacerdotaux élimés ou salis, armes et serrures rouillées, bouquins écornés, incunables aux reliures boucanées...

 

Le sauvetage du passé

"Il faut conserver répétait Edmond Puissant, étayer les édifices branlants, comme on soutient un vieillard qui chancelle, lutter de ses ressources, si faibles soient-elles, pour arracher à un industrialisme savant mais cupide et barbare, les savoureux débris des chefs-d'œuvre saccagés, les témoins authentiques et  vénérables de la vie ancestrale, les traits augustes d'un vieux pays ridé d'histoire..."
Ces paroles prononcées en 1926 définissent les buts assignés au groupe de savants auquel il appartenait.
Il voulut arracher à l'irrémédiable destruction plusieurs châteaux historiques de notre comté, les sculptures célèbres aujourd'hui, du jubé disparu de la Collégiale Ste-Waudru à Mons, et le St-Michel gothique qui s'abîmait dans la cave à charbon de cette église, plusieurs maisons montoises du XVIe siècle, le Mont de Piété, de Coberger, maintes façades de style  et quantité de pierres sculptées, telle la galerie du cloître de l'abbaye du Val des Ecoliers.
En 1901, il acquiert le château d'Herchies dont la tour décapitée était ouverte à tous vents et s'était muée en un jardin suspendu.

En 1913, il achète le castel de Sars-la-Bruyère, dont il restaure la tour carrée, sœur des donjons romans de Beaumont et d'Ath.

  • Il fouille (tuiles romaines aujourd'hui au Musée Chanoine Puissant de Mons), fait des recherches, trouve une terre plastique remarquable en recreusant les douves du château « bolus » et fait ses premières poteries sur place.

  • Passionné d'histoire, mais aussi de créations artistiques, il encourage de nombreux talents, confirmés ou en devenir (Anto Carte en peinture, Bronchart en sculpture, les élèves de l'Académie des Beaux-Arts de Mons qu'il accueille à Sars durant la première guerre mondiale.

  • Le chanoine tente de consolider et de mettre en valeur le donjon, songe à le faire surmonter d'un étage en bois (un dessin du Chanoine nous le fait penser mais rien n'atteste que cela ait été réalisé, aucune trace .....( Le Donjon aurait perdu un étage lors de la bataille de Malplaquet. Le chanoine Puissant le reconstitua par une ossature en bois qui brûla peu de temps après.)( d'après Raymond G.W. Mahieu ; Des lieux, des Gens et Sars-la-Bruyère(1982)

Puis, il se risque à consolider l'immense château d'Havré. Hélas, le manoir devint inhabitable  et le chanoine dut transporter ses collections moitié à Mons, dans sa vieille et pittoresque maison de la rue Terre-du-Prince, qu'il appelait "sa gayolle à pinchons", moitié dans le vaste château d'Ecaussines-Lalaing qui, délaissé, à la merci des intempéries et des maraudeurs, allait s'effondrer, qu'il répara et dont il refit une demeure magnifique, sinon confortable.
On le voyait monter aux échelles, la truelle à la main, et, bon samaritain des ruines, soigner les plaies des murailles.
Après avoir transféré à d'autres amateurs les châteaux qu'il avait restaurés, Edmond Puissant, s'établit définitivement à Mons, dans un hôtel de la rue Terre-du-Prince.

 

La mort en beauté
Sur ce pèlerin de la beauté, les voyages les plus lointains exerçaient une véritable attraction. A peine revenu de Palestine, septuagénaire, il partit pour l'Italie.
Il mourut le 7 mai 1934. Il dort à présent sous une dalle de la rue des Sars, dans la jolie chapelle qu'il fit ressurgir des ruines lépreuses. Il dort au pied d'un antique pilier de chêne supportant la charpente visible, à deux pas de sa chère bibliothèque et de son musée.
Il a donné à la Ville de Mons pour en former des musées, ses logis de l'Attacat (la chapelle Sainte-Marguerite) et la rue Notre-Dame Débonnaire (le « Vieux Logis »),  ainsi que les trésors qu'ils contiennent : des bois gothiques et des livres rarissimes dont la Bible de Gutenberg.

La Poterie du Donjon

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