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Le Donjon

La Chaussée (romaine) Brunehaut, des
domaines agricoles dont les fermes actuelles (du temple-Delhaize, du Coury, du Moulin de Sars, de la Bruyère) seraient les descendantes, un
endroit stratégique en hauteur (depuis Sars, la vue porte loin a
fortiori du haut d'une tour .. .): sans doute un croisement de chemins,
un lieu bien pourvu en eaux (viviers des seigneurs de Sars alimentés par
les ruisseaux du Planty et du Coury) et en bois, une zone récemment mise
en culture (le nom même de « sars Il), elle-même due à un accroissement
sensible de la population dans le courant du XI e siècle: telles furent
sans doute les raisons qui ont poussé un seigneur ou un propriétaire
nanti à édifier à Sars une maison forte.
S'agissait-il d'une tour de guet ou d'un
complexe défensif ou encore d'un poste de péage (passage, dîme, ... ) ?
Ou bien la réunion de ces différentes fonctions sous l'égide d'une
autorité publique (comte de Hainaut?) et confiée à un vassal, à un
officier ou à un ordre religieux avec octroi de tout ou partie des
revenus relevant de ces terres ou droits?
Nul ne le sait aujourd'hui exactement ...
mais lisez déjà ce qui suit ...
« ... La tour (seule ou dans des ensembles
fortifiés plus vastes), n'avait-elle sa fonction que lors des conflits
majeurs mettant sur pied de guerre les armées des princes et de leurs
nombreux vassaux?
Certes non, elle est aussi
l'habitation des chevaliers, de seigneurs de rang plus modeste.
Elle impressionne au centre du
village où avec l'église, elle constitue souvent le seul édifice solide
au milieu des légères masures paysannes. Ou bien elle se distingue à des
kilomètres à la ronde au cœur de son domaine agricole.
Elle est surtout le symbole d'un
statut social d'une élévation au rang de la petite aristocratie grâce à
la richesse ou parfois à la fonction. Elle décourage les bandes
de pillards qui arpentaient les campagnes dans le but de faire quelques
rapines.
Pourvu qu'en plaine, elle soit entourée
d'un fossé plus ou moins marécageux ou que, perchée au sommet d'un
éperon rocheux, elle décourage l'escalade, et la voilà d'autant mieux
protégée.
  
La tour ne manquait pas de confort ...
pour l'époque de sa construction: vastes cheminées, armoires dans les
murs, latrines, fenêtres à coussièges, volets intérieurs ou extérieurs.
Mais l'espoir de tout chevalier fut vite de la compléter d'une « salle
», d'une pièce moins bien protégée mais plus vaste avec un luxe plus
poussé.
C'est ainsi que peu nombreuses sont les
tours qui ont été occupées continuellement jusqu'à des périodes
rapprochées et qui n'ont connu aucune adjonction. Le plus souvent, un
manoir vint la compléter, puis un château plus résidentiel, la tour ne
servant plus que de dépendance, sans perdre néanmoins sa signification
sociale.
Les vénérables tours médiévales sont
souvent devenues la base de grosses fermes qu'on dénombre encore dans de
nombreux villages.
D'autres, abandonnées au cours des
siècles, ont été réhabilitées récemment. D'autres encore sont livrées à
elles-mêmes depuis de longues décennies.
Nous voilà certes bien éloignés de la
romanesque légende médiévale: il faut plutôt voir dans la tour l'habitat
de quelque seigneur, mettre tout au plus de quelques hectares sur
lesquels tel un matamore, il s'arroge les droits de justice. Guère plus
riche que ses gros fermiers, il partage le sort commun lors des
mauvaises récoltes et on peut le rencontrer, en d'autres circonstances,
sur ses champs, en train de cultiver lui aussi ses terres, à la sueur de
son front, mais l'épée au côté!
Fondation Roi Baudouin, La Mémoire des
Pierres, Bruxelles, 1987)
Document rédigé à l'occasion des Journées
du Patrimoine - 8 et 9 septembre 2007 pour le « Projet privé du Donjon
de Sars-la-Bruyère »

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