Les " Temps Modernes "


 

                                  Madame Mathieu est donc entrée en fonction.

Elle est décrite par les plus anciens comme une femme de caractère, sévère, n'admettant aucune minute de repos en classe, donnant des devoirs à faire à la maison.

Elle enseignait le solfège et la couture etc... En 1914, elle partit en évacuation ...

Elle termina sa carrière en 1922.

 

Monsieur Eusèbe Demoustier, lui commence donc en 1910

Il Loge dans la maison de l'instituteur avec sa femme et ses trois enfants: Margueritte, Gisèle et Robert.

" Je me souviens de cette immense maison, de ces pièces très grandes où j'avais un peu peur..." (Robert Demoustier)

"Ce jardin était merveilleux et plein de roses..." (Margueritte Demoustier)

 

En 1926, cette habitation est déclarée inapte au logement décent d'une famille et en conséquence, le Conseil Communal décide à l'unanimité: ".....

  1. Monsieur Demoustier Eusèbe, instituteur communal est autorisé à quitter la maison d'habitation attenant à l'école communale. (elle sera démoli et la cour de l'école agrandie)

  2. Une indemnité de logement de six cent francs annuellement sera allouée à charge des finances communales

  3. Cette indemnité prendra cours le 1er avril 1926..."

Il est vrai que les instituteurs restaient sous-payés et qu'il est dès lors nécessaire d'accorder une indemnité de logement lorsque la Commune est dans l'incapacité de les loger.

"•••Bon nombre d'ouvriers croient que les instituteurs gagnent une fortune. Lorsque après 6,7 où 8 années de service on leur paie 1300 - 1400 Frs... Tous nos ouvriers gagnent autant et même plus.

Pour un ménage de 4, l'instituteur perçoit donc 3,66 Frs par jour. Toutes dépenses quotidienne retirées, il reste 0,16 Frs soit 58 Frs par an pour s'habiller, se coiffer, se chausser, se blanchir à quatre personnes sans compter le médecin, le pharmacien et les menues dépenses.....Si l'on compte que l'instituteur est astreint à s'habiller un peu et que, considéré comme riche, on le sollicite pour des sociétés et des œuvres diverses, on conclura que sous des apparences d'aisance, l'instituteur est un malheureux et qu'il ne serai faire honneur•••"

"•••Le Ministère des Sciences et des Arts vient de passer aux mains du Citoyen Jules Destrée. L'instituteur peut maintenant espérée une amélioration de son sort, lequel saurait difficilement se détériorer davantage.

 

Un instituteur ayant 35 ans de service gagne entre 14 et 16 Frs par jour. L'élève qui quitte l'école à 14 ans pour travailler à la scierie d'Obourg recevra 10, 70Frs...

L'instituteur qui débute touche 8,33 Frs, l'institutrice 7,22 Frs et l'institutrice Froebel 5,55 Frs.

Voici quelques indications de prix pour la même période: beurre 13 à 14 frs le kilo, pain 0,85 frs le kilo, viande 10 frs le kilo, lait 0,80 frs le litre, souliers 60 à 65 frs la paire, costume 250 frs•••"

(Des Luttes... Des Hommes.. Et du Borinage - Léon Fourmanoit - 1981).

 

Quelques uns, dans le village se souviennent encore de "Monsieur Demoustier" tant dans ses fonctions d'instituteur que dans sa vie sociale.

La meilleure synthèse de tous ces souvenirs est sans doute celle qui nous a été faite par ces enfants.

 

"••• Eusèbe Demoustier est né le 24 juin 1889. Il est nommé à Sars-la-Bruyère en 1910 et se marie au début 1911.

Dès le début de la guerre de 1914, il devient instituteur remplaçant en France et en 1916, appelé sous les drapeaux, il est téléphoniste dans les 1ères lignes. Il est devant Manskapel lors de la grande bataille de l'Yser au début de novembre 1918.

Il reprend son poste d'instituteur à Sars en janvier 1919.

Moi j'étais dans la classe des filles....

Après Madame Mathieu, Mademoiselle Arno est nommée. Elle de santé fragile et pendant ses congés de maladie, mon père assure le travail dans les deux classes. Il y a une trentaines d'élèves chez les filles  et autant chez les garçons.

En ouvrant la porte de communication, il surveille ainsi les deux classes. Quand le congé est plus long, il met les bans des filles dans la classe des garçons.

Vers 1925, nous avons quitté la maison d'école pour nous installer dans la maison de mes grands-parents à Eugies. Dès lors papa va à l'école en vélo; et il arrive très tôt le matin en classe pour préparer les tableaux.

Je sais que papa a été une fois félicité par Monsieur l'inspecteur devant tous ses collègues lors d'une conférence pour cette façon de préparer ses leçons à l'avance.

Nommé secrétaire communal, il restera 2 heures de plus à Sars, chaque jour, après la classe

En plus du travail proprement dit de secrétaire, il doit parfois rédiger des lettres ou expliquer des documents aux vieux.

Jusqu'en 1945, comme instituteur, jusqu'en 1954, comme secrétaire communal, il n'a jamais eu  de congé de maladie.

Il avait un très grand jardin bien entretenu avec un hobby: il avait une collection de rosiers hautes tiges qu'il écussonnait lui-même et obtenait de magnifique roses.

Il aimait beaucoup la campagne, son village et ses élèves•••"

                                (Margueritte Demoustier)

 

L'évènement le plus important de sa vie d'instituteur, Monsieur Demoustier le vit au début de sa carrière, en 1914 lorsque l'instruction devint obligatoire pour tous jusqu'à 14 ans.

C'est bien sur après la guerre qu'il en voit l'application. (loi Porllet)

 

En 1922, Justine Arno, épouse Cordier, prend la relève de Madame Mathieu.

Pensionnée en 1948 voici déjà plus de 35 ans, ses souvenirs se sont effilochés au fil du temps...

      "••• Et puis, la vie était si calme à Sars. Il ne se passait jamais rien de spécial •••" (Justine Arno-Cordier)

 

Ses élèves se souviennent des séances de tricot et avec un brin de malice, certaines affirment que Madame Cordier aimait faire tenir la classe par une des grandes. Elles sembles d'ailleurs avoir apprécié cet exercice de pédagogie moderne qui a permis à quelques unes de se découvrir des qualités de "meneuse", de "chef de groupe"

 

Madame Cordier accepte aussi les enfants de moins de 6 ans moyennant une quote-part de 1 Fr (il n'y a toujours pas d'école gardienne à Sars ! )

 

Eusèbe Demoustier +/-1932 - La cour de L'école, la porte accédant à la cour des filles est rebouchée

1 - Lucien Jadon 12- Eusèbe Carré 23- Marcel Demoustier

2 - Yvon Louvrier

13- Claude Carniaux 24- Odon Demoustier

3 - André Corbisier

14- Roger Abrassart 25- Odon Pugenger
4 - Eusèbe Demoustier 15- Gaston Samain 26- Marcel Vandevinne
5 - Georges Sottieau 16- André Donfut 27- Willy Mathieu
6 - Jules Finet 17- Evrard Clara 28- Agénor Docquire
7 - Henri Delespesse 18- Germain Demoustier 29- Robert Cantigneau
8 - Jean Desorbay 19- Marcel Cantineau 30- Willy Corbisier
9 - Carl Devoet 20- Alexandre Hecq 31- Jules Carniaux
10- Robert Demoustier 21- Yvon Blondel  
11- Robert Hostelart 22- Paul Tins  

 

Durant cette longue période où les maîtres forment année après année de nouvelles générations d'enfants, consciencieusement sans grand bruit ni tapage, MARGUENNE, la vieille cloche de l'école s'est tue.

 

1945, la fin de la guerre ! Monsieur Demoustier est pensionné. Lui succède un jeune instituteur, JEAN DEMOUSTIER

 

 

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